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« Sapiens une brève histoire de l’humanité » de Yuval Noah Harari

Un livre passionnant, « best seller » mondial, qui entreprend en 500 pages de retracer l’histoire de l’humanité, des premières traces de vie jusqu’à nos jours et même après. L’ouvrage particulièrement didactique et clair permet de regrouper, de condenser l’histoire de l’évolution humaine. Un vrai bonheur pour celles et ceux qui se perdaient dans les dates et moments clés de l’évolution. Nous essayerons dans cet article de vous proposer un "condensé" du livre. Une sorte de tentative de "bref résumé" d’une "brève histoire de l’humanité" !

Couverture livre "Sapiens" Livre au succès planétaire, vivement recommandé par de nombreuses personnalités de toutes sortes, Sapiens vous éclairera sur nos origines. Nous vous proposons ici un aperçu des idées mises en avant puis une modeste critique du livre en bas de page. Yuval Noah Harari découpe l’évolution humaine en 4 grande phases : révolution cognitive, révolution agricole, unification de l’humanité et enfin révolution industrielle.
Son livre suivant « Homo Deus » ambitionne de nous projeter dans l’avenir et fera si possible également l’objet d’un petit compte rendu sur ce blog.

1/ La révolution cognitive

Les dates clés :

Une première partie qui a le mérite d’être très précise notamment concernant la chronologie de l’histoire humaine :

  • Création de l’univers lors du big-bang il y a environ 13,5 milliards d’années (phénomène physique).
  • Puis il y a 4 milliards d’années apparurent les premiers organismes vivants (domaine de la biologie).
  • Evolution darwinienne aidant, très progressivement, des animaux proches des hommes apparaissent, il y a environ 2,5 millions d’années en Afrique de l’est.
  • Et enfin, il y a 70.000 ans des êtres plus évolués appartenant à l’espèce des hominidés commencèrent à se développer (domaine appelé l’histoire humaine).

Les caractéristiques de la révolution cognitive :

Harari de manière très simple décrit plusieurs grandes phases de l’histoire humaine la première est intitulée la révolution cognitive et se déroule de 70000 ans jusqu’à 12000 avant notre ère. L’auteur nous décrit donc dans cette première partie l’évolution des différents types d’humains. Comment notamment sapiens (homo sapiens) réussit à prendre le dessus sur Néandertal. La thèse de l’auteur, (est-elle partagée par les spécialistes du sujet?), est que sapiens réussit sa domination grâce à ses capacités de socialisation. Harari explique qu’en dessous de 150 individus un groupe ne forme qu’une bande. Au-dessus de 150 individus des actions coordonnées beaucoup plus efficaces, par exemple à la chasse, autorise Sapiens à plus d’emprise sur son environnement. Mais pour pouvoir rassembler des groupes humains importants (de plus de 150 individus) il leur faut un lien, une croyance. Ce sont donc des croyances qui permirent à Homo Sapiens de tisser des liens et donc de se fédérer pour mener des actions collectives.

Nous nous souvenons d’une autre thèse dans le livre « Born to Run », également un livre à succès, qui développe l’idée que Sapiens supplanta Neandertal grâce à ses capacités biomécaniques de coureur de fond et donc de chasseur...

Ce qui différencie donc Sapiens des animaux et autres espèces humaines est la capacité à échanger par le langage, à partager des croyances et donc avoir un destin commun. Toutes les organisations humaines, aujourd’hui encore ne fonctionne que grâce à cela. Sapiens entre 70 000 et 12 000 fut un chasseur cueilleur, sans attache fixe autre que le rythme des saisons et leurs effets sur la nature. Selon l’auteur cela marque, « imprime » encore très largement beaucoup de nos comportements et caractéristiques (nutritionnelles, physiologiques, biomécaniques, psychologiques etc.). Les faibles traces laissées par Sapiens rendent sa connaissance fragile. L’auteur nous dit l’importance de certains moments clés de Sapiens : la cuisson des aliments et donc leurs conservations ou encore l’incroyable colonisation de l’Australie grâce à la navigation, l’extermination d’un nombre incroyable d’espèces animales pourtant de grandes tailles (mammouth etc...), en Australie ou en Amérique.

2/ La révolution agricole

Sapiens se sédentarise et progressivement dompte et transforme la nature environnante. Il transforme par la sélection les espèces végétales et animales.

La richesse et le confort des techniques agricoles facteurs d’emprisonnement et de contrainte :

« Le fermier moyen travaillait plus dur que la fourrageur (chasseur cueilleur) moyen, mais se nourrissait moins bien. La révolution agricole fut la plus grande escroquerie de l’histoire. » (p104)
L’auteur considère qu’en devenant sédentaire l’agriculteur perd de sa liberté. Le souci du lendemain l’anticipation devenant source d’angoisse, d’asservissement et au final une prison. Un long chapitre insiste sur la maltraitance faite aux animaux, cause chère à Yuval Noah Harari.

Sapiens un animal sociable :

Harari insiste tout au long de ce chapitre sur l’importance de l’ordre imaginaire, de son acceptation pour faire fonctionner les sociétés et groupes humains. Il s’agit d’une spécificité humaine, les animaux n’ayant pas besoin de croyance pour vivre en groupe et même en très grand groupe (abeilles, fourmis etc...). Harari cite Voltaire pour illustrer son propos: « Dieu n’existe pas mais ne le dites pas à mon valet sinon il me tuerait ». Harari nous explique que le chasseur cueilleur n’avait pas besoin de traiter de grande quantité d’information contrairement à la société agricole qui inventa, pour ce faire le calcul et l’écriture. L’écriture, fut inventée par les sumériens 3500 ans avant notre ère, pour justement stocker des informations (stock de récoltes, commerces, répartition des terrains, héritages etc...).

Rapport entre les sexes :

Une partie du livre traite de l’inégalité entre les hommes et les femmes depuis le début de l’humanité. Il évoque plusieurs hypothèses permettant d’expliquer la domination masculine depuis la nuit des temps. La première hypothèse est celle de la force musculaire masculine. La seconde est la propension des hommes à être capable de faire preuve d’agressivité. La troisième explication est d’ordre biologique et de gènes patriarcaux. L’auteur démonte chacune de ses trois hypothèses à l’aide d’arguments longuement développés puis conclu ne pas comprendre d’où provient cette domination.

3/  Unification de l’humanité

Harari nous décrit l’uniformisation des cultures et donc des systèmes de croyance. Il énumère trois vecteurs d’uniformisation au long de l’histoire : la monnaie, les empires (physiques, culturels etc.) et les religions.Evolution sapiens

Unification par la monnaie :

La monnaie est une valeur d’échange et d’une certaine manière de partage de valeurs communes. La monnaie étant une croyance dans l’avenir et dans celui qui émet cette monnaie. Avant l’apparition des monnaies les échanges se faisaient grâce au troc de produits tangiblement utiles. L’or, part exemple chez les indigènes indiens en Amérique, n’avait aucune valeur car inutile au quotidien.

Unification par les empires:

Les empires rassemblent les cultures humaines et d’une certaine manière leur croyance. Ils ont comme caractéristiques principales la flexibilité territoriale et la diversité culturelle. Harari avec beaucoup d’humour explique l’uniformisation des goûts culinaires mondiaux. Les spaghettis italiens n’existaient pas à l’époque de Jules César. L’inde à l’époque de Bouddha ne connaissait pas le piment et les Suisses ne se sont spécialisés dans le chocolat que depuis peu de temps.

Les religions facteurs d’uniformisation des Sapiens :

Le troisième élément d’unification de l’humanité sont les religions. L’auteur nous en fait avec brio un historique en quelques pages : les animismes, les polythéismes, les monothéismes suivi du système dualiste en contradiction avec le monothéisme d’un Dieu tout-puissant (le bien et le mal, le diable et le bon dieu, le marxisme et le capitalisme etc...). Et pour finir ensuite avec les syncrétismes de toutes sortes.
Harari nous explique que les religions (christianisme, islam, judaïsme etc...) actuellement répandues ambitionnent d’être universelles alors que les religions anciennes étaient locales. Il considère toutes les croyances, idéologies (communisme, libéralisme, humanisme etc...) comme des religions. L’auteur semble donc, comme Sigmund Freud considérer les religions comme des schizophrénies. Le bouddhisme originel a ses faveurs, dépouillé de toutes sinécures religieuses.

L’humanisme est aussi une croyance :

L’auteur décrit également les humanismes comme étant des religions. Il en distingue trois : l’humanisme libéral, l’humanisme social/socialiste et l’humanisme nazi (!) souhaitant améliorer la race humaine.

Sapiens un être soumis à sa biologie :

L’auteur ne croit pas que l’homme soit libre de penser, ni ne dispose d’une âme propre à chaque individu. Il pense plutôt que les comportements humains se trouvent uniquement déterminés par les hormones, les gènes et les synapses. L’auteur privilégie, concernant la nature des comportements humains, très largement les facteurs biologiques avec toutes les conséquences du type transhumaniste que l’on peut entre apercevoir.
Le transhumanisme théorie en vogue dans la Silicon Valley californienne où le livre rencontre un vif succès. Harari explique ne pas croire en une histoire déterministe, elle ne permet donc pas de prédire le futur. Il explique, selon lui, deux niveaux de « chaos » : le chaos de niveau un qui permet d’établir des prévisions et le chaos de niveau deux (pages 283) qui empêche toutes prédictions par nature car la prévision influe sur l’action future et la fausse. C’est le cas typique de la plupart des prévisions boursières, par exemple sur les cours des matières premières.

4/ Quatrième partie la révolution scientifique.

La révolution scientifique commença il y a environ 5 siècles. Harari décrit également les progrès techniques : « la révolution industrielle est une révolution de la conversion d’énergie (voir à ce sujet la sections « chiffres » plus loin sur cette page) : machine à vapeur, moteur à explosion, fusion nucléaire…. » ayant permis l’accroissement continu de l’espérance de vie mais pas forcément la qualité de vie, toujours selon l’auteur.

Remettre continuellement en question ses croyances :

C’est la première fois que les hommes proposèrent un système (la science) qui ne prétendait pas dire la vérité définitivement. Mais au contraire décrète qu’il faut continuellement douter et se remettre en question, s’avouer ignorant, placer l’observation et les mathématiques au centre des analyses. On se souvient de cette citation de Winnicott (pédiatre anglais) : "On voit combien diffèrent la science et la religion, qui, elle, remplace le doute par la certitude" qui nous semble parfaitement illustrer le propos d’Harari. Les européens et leur culture ont conquis le monde, selon l’auteur, depuis 5 siècles, car ils ont soif d’apprendre en remettant en question leurs certitudes et croyances lors de leurs voyages,découvertes etc...

Le capitalisme, le crédit, une croyance en l’avenir :

Le capitalisme naquit grâce à l’espoir dans l’avenir que fit naître la révolution scientifique. Le crédit marque la confiance dans l’avenir, la confiance et la croyance de progrès scientifiques futurs. La monnaie est également une marque de confiance en l’avenir. Très rapidement le système capitaliste créera de la richesse virtuelle grâce au système de prêt bancaire. L’argent prêté par les banques n’existant en réalité que par la confiance que chacun porte dans le progrès scientifique humain et dans l’avenir.

Harari contre l’ultralibéralisme :

L’auteur nous décrit les différentes variantes idéologiques du capitalisme et démonte l’ultralibéralisme, lequel édifie le culte de la non intervention de l’État. Son argument étant que la croissance inhérente aux valeurs capitaliste existe grâce à la confiance obtenue, aux règles communes et à la justice. Cela existant aussi par l’État et ses actions de protection et de régulation. Selon l’auteur, l’État libère l’individu de l’emprise familiale et communautaire (solidarité , emploi, santé, assurance, éducation etc.…) qui l’emprisonnait et le contraignait d’une certaine manière à rester ce qu’il devrait être. Sapiens gagne progressivement en liberté de choisir ses amours, lieux de vie, travail, mode de vie etc...

Les croyances modernes :

De nouvelles appartenances et croyances se font jour, créant des communautés nouvelles, notamment de consommation (fan de tel marque, tel profil de consommation). Une époque de prospérité comme objectivement jamais vu est actuellement en cours sur terre. L’auteur nous le démontre chiffres à l’appui, lire les chiffres en bas de page. L’auteur démontre que la paix se généralise (nombre de morts violentes en chute libre) dans le monde grâce à plusieurs facteurs : dissuasion nucléaire mais surtout coût de la guerre et faible bénéfice qu’elle apporterait. Il décrit la naissance d’un empire et d’une civilisation mondiale et donc une paix mondiale possible grâce à une communauté mondiale (communication, échanges etc...).

Époque moderne : une accélération de l’histoire et révolutions permanentes :

Harari souligne l’accélération vertigineuse de l’histoire au cours des 100 dernières années, il explique que le taux de suicide n’a jamais été aussi élevé malgré l’opulence de richesse et l’augmentation de l’espérance de vie. L’auteur nous propose une petite histoire du bonheur, indique que celui-ci est subjectif et correspond au rapport entre ses attentes et son vécu mais aussi à des phénomènes biologiques propres à chacun.

Le début du futur en conclusion du livre :

Anticipant sur son second livre « Homo Deus », qui nous a d’ailleurs déçu, l’auteur s’essaye à un début de prospective en guise de conclusion de « Sapiens ».

cerveau digital

L’auteur discerne trois évolutions majeures déjà, en partie, en cours :

  • L’humain est capable de modifier les gènes de la vie pour effectuer des manipulations incroyablement puissantes sur le vivant animal, végétal mais aussi humain avec pour l’instant des barrières éthiques. Harari montre les risques de ces capacités naissantes du secteur de la génétique (programmation génétique etc...) si elles étaient utilisées à des fins mercantiles ou idéologiques…
  • La « machinisation » de Sapiens ou le cyborg mi humain mi machine existe déjà...par exemple des greffes mécaniques sur des être humains. Les cerveaux deviendront connectés à des disques dur de stockage et d’assistance à penser...
  • L’auteur continu d’effrayer les plus réticents des lecteurs en imaginant la vie inorganique : sapiens se séparera de son corps pour exister dans des systèmes informatiques capables d’auto-évoluer...

Ces évolutions entraîneront à n’en pas douter la disparition à terme de sapiens pour le meilleur ou le pire. La seule chose de sûre est que c’est inévitable…selon Yuval Noah Harari

Notre avis concernant «Sapiens une brève histoire de l’humanité»

Pourquoi nous avons aimé « Sapiens »

« Sapiens » est un livre phare qui nous permet en quelques pages de mieux comprendre nos origines et évolutions. La citation "Celui qui ne sait pas d'où il vient ne peut savoir où il va" trouve ici toute sa justesse. Le style du livre offre une lecture agréable, les talents de pédagogue de Yuval Noah Harari explique très probablement le succès planétaire de « Sapiens ».

Quelques interrogations et critiques de « Sapiens »

L’auteur semble continuellement regretter l’origine des temps, une éventuelle et hypothétique pureté originelle. Ce que certains appellent le progrès est décrit comme un emprisonnement et comme une main mise de l’homme sur l’homme et de l’homme sur l’animal. On peut se demander si d’une certaine manière cette analyse n’est pas un « sport de riche occidental ». Le bonheur du chasseur cueilleur en symbiose avec son environnement naturel nous semble largement biaisé tant les contraintes de la vie dans la nature sauvage sont dures et éprouvantes.
Harari ne prend probablement pas suffisamment en compte les bienfaits apportés aux populations profitant de la croissance économique par exemple en Chine depuis quelques décennies même si tout cela n’est pas binaire (pollution, stress etc.), comme ce serait bien pratique de le croire.

L’auteur, fait assez clairement, au final, l'éloge des philosophies et idéologies bouddhistes sans le dire très clairement, dont on pourrait reprocher la promotion d’un certain fatalisme et d’une certaine passivité...
Il nous semble dommage qu’il manque à ce point de références extérieures et scientifique dans le corps du texte.

De nombreux chiffres et éléments factuels parsèment le livre, en voici quelques-uns pour attiser votre curiosité et envie de lire ce livre :

  • Évolutions du nombre de Sapiens : En 1500 : 500 millions de Sapiens ; 700 en 1700 ; 950 en 1800 ; 1,6 milliards en 1900 ; 6 milliard en 2000.
  • Valeurs totales des biens produits en dollars actuels : 2500 milliards en 1500, 60 billions (240 fois plus) aujourd’hui
  • Consommation estimée de calories (énergie) par jour de la totalité de l’humanité : 13 billions en 1500, 1500 billions (115 fois plus) aujourd’hui
  • Sapiens, les animaux sauvages et domestiques aujourd’hui et hier : 7 milliards d’humains qui pèsent environ 300 millions de tonnes, Vaches cochons, poulets et moutons pèsent 700 millions de tonnes, tous les grands animaux sauvages survivant à l’extermination par Sapiens pèsent 100 millions de tonnes. 200.000 loups pour 400 millions de chiens domestiques. 250.000 chimpanzés pour 7 milliards de Sapiens
  • Mortalité mondiale en 2002 = 57 millions de morts. Guerres 172.000 morts ; Crimes violents : 569.000 morts ; Total 741.000 victimes de violences humaines en 2002. 873.000 suicides en 2002 et 1.260.000 morts sur la route en 2000 (2,25%). Plus de risque de mourir en 2002 de sa propre main que de la guerre ou du terrorisme !
  • Energie solaire : 3.766.800 exajoules d’énergie solaire arrivent sur terre chaque année. Toutes les plantes (photosynthèse) consomment environ 3000 exajoules. Activités et et industries humaines 500 exajoules soit 90 minutes d’énergie solaire.
  • Les seuls USA dépensent chaque année plus en frais de régime que ce qu’il faudrait pour nourrir tous les gens qui ont faim dans le monde

Quelques éléments chronologiques de l’évolution humaine

  • 14 milliards d’années : début de notre univers.
  • 4,5 milliards d’années formation de la terre, puis apparition de la vie biologique 700 millions d’années après.
  • 6 millions d’années dernier ancêtre commun des humains et des chimpanzés.
  • 2,5 millions d’années premiers outils de pierre.
  • 300.000 ans domestication du feu.
  • 70.000 ans développement du langage fictif.
  • 12.000 ans av. J.-C. premières colonies de peuplement permanentes.
  • 5000 ans av. J.-C. premiers embryons d’écriture et de monnaie.
  • 1961 premier homme dans l’espace (Gagarine) et 1969 premier homme sur la lune.

N'hésitez pas à vous procurer le livre pour avoir plus d’informations...

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Mots-clés: Culture, Livre

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