« Homo Deus », une brève histoire du futur de Yuval Noah Harari

Suite à la lecture passionnante de « Sapiens », il nous tardait de pouvoir lire « Homo Deus ». Après avoir décrit dans Sapiens « une brève histoire de l’humanité » l’auteur entreprend d’imaginer à l’heure des robots et de l’informatique grandissante « une brève histoire du futur ». Sapiens survivra t-il aux incroyables révolutions en cours ?

La vision du futur de Yuval Noah Harari

Homo Deus Harari empreinte cyborgL’auteur nous explique que les trois plus grands fléaux de l’humanité (les famines, les épidémies et les guerres) n’existent quasiment plus.
Les objectifs à venir pour les humains vont rapidement être de repousser la mort, d’atteindre le bonheur complet, sorte de nirvana, et de prendre le contrôle total sur son environnement (Homo Deus).

  • Repousser la mort se fera grâce aux progrès de la génétique associés à l’inexorable et vertigineuse amélioration du traitement des données. De nombreux exemples parsèment le livre et tendent à démonter que ce but n’est peut-être pas si lointain...
  • L’auteur, d’aspiration bouddhiste, distingue l’épanouissement et le bonheur qui est une quête sans fin, fruit d’excitation et de l’évolution darwinienne, obligeant les vivants à vouloir toujours plus pour survivre. Harari décrit l’écureuil avide de stoker de l’énergie et le plaisir éphémère de ses récoltes de noisette. Un écureuil dont la récolte des noisettes rendrait définitivement comblé n’aurait que peu de chance de survivre...
  • Sapiens voudra toujours et encore plus prendre le contrôle sur lui-même mais aussi sur son environnement grâce à l’analyse de quantités de données et à leurs traitements mais aussi à l’usage de psychotropes et appareillages divers, déjà existants ou en cours de développement. Avec des conséquences économiques que l’auteur décrit par ces mots «  les humains non augmentés deviendront économiquement totalement inutiles » et donc disparaîtront.

Livre Homo Deus HarariL’auteur insiste beaucoup dans « Homo Deus » sur le caractère très récent de l’idéologie humaniste, environ trois siècles. Celle-ci croyant en un homme libre, sacré et central ; souvent, selon l’auteur, au prix de destructions environnementales et animales.
Harari décrit la thèse de l’être humain fruit d’un assemblage d’algorithmes organiques, résultats d’une évolution darwinienne de quelques millions d’années. Sapiens étant en réalité un assemblage d’environ 37 billions de cellules et un véritable écosystème où vivent, par exemple autant de bactéries...
Nos comportements et pensées n’obéissant qu’à un programme (algorithme) et à des règles en voie d’être mises à nue grâce aux capacités de traitements informatiques de quantités de données (biométrique, médicales, comportementales, sociales, psychologiques etc.).
Sapiens finissant rapidement, dans quelques décennies, un ou deux siècles tout au plus, par ne plus servir à rien car beaucoup moins performant que les algorithmes auto évolutifs des processeurs informatiques.

L’auteur insiste sur le fait qu’il est scientifiquement prouvé que nous ne disposons d’aucun libre arbitre mais qu’au contraire, nos décisions sont le résultat de « simples » processus biochimiques déterministes ou aléatoires.
Homo Deus HarariOutre les tâches manuelles et répétitives, déjà accomplies, par des machines, de nombreux métiers (médecins, juristes, enquêteurs de police, météorologues etc...) seront inévitablement, souvent et en grande partie remplacés par des algorithmes plus efficaces, plus rapides et surtout moins coûteux. Cette transformation étant déjà très largement en marche sans que la plupart d’entre nous ne le réalisions vraiment.
Les algorithmes arrivent aujourd’hui à faire de l’art (par exemple de la musique) sans que l’homme ne puisse déceler si le créateur est un humain ou une intelligence artificielle.
L’auteur pousse la provocation en déclarant que Google devrait voter à notre place car il nous connaît mieux que nous même et n’est pas victime de notre affect (par exemple impact émotionnel d’une actualité de dernière minute, de la température etc...sur les résultats électoraux).

Nos impressions sur « Homo Deus »

Homo Deus Yuval HarariLe livre nous a déçu sur plusieurs point. Le premier étant que la brève histoire du futur nous semble n’arriver qu’au bout de 300 pages sur un total de 430. L’auteur reprenant durant les 300 premières pages l’histoire de l’évolution de Sapiens, une redite certes riche, affinée, du livre « Sapiens ». Cette longue première partie (les 3/4 du livre !) faisant doublon avec le précédent ouvrage. Cette indispensable mise en perspective du futur à l’aide du passé « consommant » trop de place au final.
De nombreuses et trop longues digressions (écologie, cause animale etc...) desservent le propos et le sujet.
Au final même si le sujet est passionnant et brillamment traité il nous semble que l’auteur aurait pu mieux structurer son ouvrage, être plus didactique. « Homos Deus » nous donne l’impression d’un livre trop rapidement écrit, pour surfer sur l’énorme succès commercial que fut Sapiens ainsi que sur l’actualité des sujets de l’intelligence artificielle, des big datas, des cyborgs etc...

Au final faut-il prendre le temps de lire Homo Deus ?

  • Oui, car l’auteur, toujours brillant développe ses analyses avec talent, expose les situations et enjeux avec un recul par exemple concernant le dataïsme (religions des datas).
  • Oui, parce qu’une révolution absolument incroyable est en cours que seules des résolutions éthiques empêcheront de voir basculer l’humanité dans une sorte d’enfer moderne !

Quelques liens concernant la « futurologie », l'intelligence artificielle et le dataïsme :

Dans la presse

Publié dans Comprendre

Mots-clés: Culture, Livre

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